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Hédonisme


Ce mot plutôt savant, issu de la philosophie est devenu assez usuel, non sans un certain glissement de sens. La philosophie hédoniste recommandait la recherche du plaisir (hédonê en grec), avec toutefois une condition importante : que ce plaisir ne soit pas pris au détriment d’autrui. Epicure, figure emblématique de l’hédonisme prône ainsi les plaisirs simples de la vie, partagés dans l’amitié, et désamorce la crainte des châtiments divins ou de la mort qui entravent cette recherche. Il n’en invite pas moins à une certaine modération comme élément favorable au plaisir. Car le véritable hédonisme suppose aussi une discipline personnelle, un goût pour la connaissance de soi, des autres et du monde, et une autonomie de la pensée nécessaires pour ne pas s’égarer dans le monde des plaisirs.

C’est une morale séduisante, aux règles de base assez simples, du moins dans les circonstances des sociétés restreintes de la Grèce antique. S’opposant aux morales du sacrifice et à la charge du péché, l’hédonisme sous diverses formes a connu des périodes de grande popularité, ce qui lui a valu d’être contesté par les tenants de l’ordre collectif à toutes les époques.

L’hédonisme cherchait surtout à desserrer les carcans du contrôle social par le retour à une sorte de morale naturelle, revendiquant pour l’individu une liberté dans la recherche « innocente » des plaisirs de la vie. L’hédonisme valorise en quelque sorte la part instinctive (et donc animale) de chacun de nous en nous proposant d’y céder sans culpabilité, mais il se garde aussi de la dérive vers une sauvagerie destructrice en recommandant la simplicité et la modération.

C’est cette forme d’hédonisme philosophique que défend aujourd’hui Michel Onfray, qui le résume par cette maxime de Chamfort : «Jouis et fais jouir, sans faire de mal ni à toi ni à personne, voilà, je crois, toute la morale». A ce titre, il appartient bien à sa génération, celle de la libération des mœurs des années 70, en butte aux conventions dominantes de la petite bourgeoisie catholique et contestant la vacuité de la vie contemporaine.

Habile à récupérer l’air du temps, la société marchande prétend s’inscrire dans la continuité de cet hédonisme aux si agréables couleurs
. L’appétit de jouissance individuelle et l’abondance de l’offre commerçante se stimulent mutuellement dans une escalade de consommation, mais la modération des origines est oubliée. Le pseudo hédonisme contemporain privilégie l’individualisme, voire l’égoïsme, mais rejette la tempérance qui permettait de concilier la recherche décomplexée du plaisir avec une relative civilité. Cette dérive est d’autant plus problématique qu’avec le progrès technique et industriel, les facilités matérielles et énergétiques sont accessibles au grand nombre et que la frugalité du mode de vie antique est reléguée au magasin des souvenirs.

Dans la société marchande et mondialisée, les rouages sont complexes et il n’est plus possible de connaître toutes les conséquences sur autrui des petits ou grands plaisirs que nous propose la machine consommatoire . Tout est organisé pour canaliser et exploiter nos instincts, mais la sauvagerie n’est plus là où on l’imagine. La sophistication de nos productions nous donne l’impression d’être civilisés, mais la course effrénée aux innombrables plaisirs plus ou moins frelatés de la civilisation marchande et notre indifférence à ses effets collatéraux nous rend collectivement destructeurs.

L’hédonisme du monde hypermoderne n’est plus fondé sur des plaisirs basiques et naturels, mais sur la nécessité de doper la machine économique et industrielle
. Les multiples implications de nos choix passent au second plan. On nous en dit peu sur la dépense de matériaux, sur les procédés énergivores, sur les déchets à la production ou après usage, et encore moins sur la raison des prix incroyablement bas qui attirent le consommateur. Seuls comptent la commodité immédiate, la séduction de l’emballage, le plaisir de la consommation insouciante. « Pourquoi se priver ? Il faudrait être fou pour dépenser plus ! Profitez vous aussi de l’offre incroyable ! Vous payerez plus tard ! Faites vous du bien !» sont des leitmotiv récurrents.

Mais aujourd’hui, ce système s’essouffle et son absurdité saute aux yeux. On reparle de sobriété, et cela remet en cause des intérêts et des modes de fonctionnement. Au secours, les écolos rabat-joie et culpabilisants prétendent contester le droit au bonheur pour tous ! Pour s’opposer à eux, les partisans de l’insouciance hédoniste ont recours à tous les procédés: négation pure et simple des problèmes, dénonciation du retour à l’ordre moral, désinformation et brouillage des hiérarchies, mais aussi récupération publicitaire et absorption de l’écologie parmi les modes passagères. Entre le manichéisme simplificateur et le confusionnisme, il faudrait retrouver quelques repères.

Contrairement aux apparences,
ceux qui, inquiets pour la santé de la planète, proposent de réhabiliter la frugalité et d’organiser notre bonheur dans une civilisation sobre, sont plus proches de l’hédonisme originel que les publicitaires qui s’en recommandent pour mieux nous gaver. Le plaisir déculpabilisé dans la société postmoderne du dernier quart du vingtième siècle a pris des formes multiples, qui ne sont pas toutes remises en cause par les alarmes écologiques. Contrairement à ce qu’on cherche parfois à nous faire croire, la quantité de bonheur n’est en rien proportionnelle à la quantité consommée et le « bon » fonctionnement de la machine économique n’est pas le seul garant du bonheur collectif.

La santé, les relations humaines en famille ou entre amis, les loisirs bien employés, et bien d’autres plaisirs de tous ordres peuvent s’épanouir tout autant dans une société raisonnable, assumant ses responsabilités planétaires.











Antoine Li              http://www.think-thimble.fr
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