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Opportunité


Profiter de l’occasion, saisir ou se créer des opportunités, réhabiliter le profit, on entend cela partout, dans le monde politique ou économique comme dans les commentaires de compétitions sportives.

A en croire l’omniprésence de la quête du profit, nous sommes dans une société de profiteurs. A en croire la récurrence du mot opportunité, notre société est une société d’opportunistes. Que le profit soit reconnu et admis comme moteur principal du progrès révèle la soumission du collectif aux logiques de l’individu; que l’opportunité soit ainsi valorisée révèle la prédominance d’une pensée à court terme. C’est le triomphe de l’homo oeconomicus, égoïste, à l’affût et réactif, rapace, prédateur et pourquoi pas charognard.


croquemort


Ceux qui, pour des raisons humanistes et morales, désapprouvent cette valorisation de motivations prosaïques et sans scrupule seraient des idéalistes ou des doctrinaires frileux, tandis que les faiseurs d’affaires profiteurs et opportunistes sont en réalité des pragmatiques, qui préfèrent observer plutôt que de théoriser et agissent sans s’embarrasser de grands principes. Sur le plan de la morale, on se rassure en invoquant Adam Smith et la main invisible du marché qui paraît-il fait émerger de ce fourmillement affairiste un optimum de bien-être collectif.

Ceux qui, après quelques siècles d’opportunisme marchand, colonial et industriel, s’inquiètent pour la santé de la biosphère, pour la préservation des cultures humaines menacées par la marée mercantile, pour l’harmonie de la société face aux pénuries prévisibles de ressources agricoles, minières et énergétiques, ceux-là sont des catastrophistes.
On leur explique que la Nature elle-même fait preuve d'un opportunisme assez bricoleur, qu’elle est peut-être cruelle, mais que les crises qui la secouent l’enrichissent, et qu’en protégeant trop les faibles, en mettant des règles pour prévenir ces crises, on ferait obstacle au cours naturel de l’évolution.

En raisonnant ainsi, on oublie deux points importants, d’une part que la Nature n’est pas une référence morale, d’autre part que l’évolution naturelle se fait sur des durées sans commune mesure avec les temps de l’histoire humaine.


Opportuniste et profiteuse, la Nature n’est pas la société

Certes, d’un côté, nous observons une Nature bien réglée, à laquelle nous attribuons des buts, allant même jusqu’à développer des théories finalistes. Mais de l’autre côté, le paradigme darwinien décrit une évolution mue par le hasard, soumise à la dure loi de la sélection. Dans le fonctionnement des écosystèmes également, où l’on voit s’affronter des pulsions de survie, de la prédation et diverses stratégies de défense, on a souvent cherché à lire un pragmatisme organique, et même une caution pour l’économie libérale.

La Nature suit donc son cours, sans volonté ni liberté, et donc sans morale. L’opportunisme et le profit existent à grande échelle dans la Nature, les méduses qui se laissent porter par les courants sont opportunistes, comme les maladies qui assaillent l’organisme affaibli par une autre cause, ou comme les charognards qui peuvent être si utiles aux cycles naturels, mais que notre morale prise si peu. Mais pour les hommes, la morale, au sens général, est un facteur essentiel de l’harmonie et de la cohérence sociales. La règle morale évite (en principe) à la société humaine d’être une jungle (qui au passage n’est peut-être pas si cruelle ou désordonnée qu’on aime à le penser). A juste titre, nous refusons le darwinisme social, qui prétend prescrire une morale à partir d’une lecture biaisée de la Nature.

Urgence pour la biosphère, long terme pour l’humanité

Du fait même de son caractère aléatoire, l’évolution n’a pu produire l’ordre naturel que nous observons que très lentement, au cours des temps géologiques mesurés en centaines de milliers ou en millions d’années. La crise environnementale d’origine humaine (ce que certains géologues désignent comme l’ère anthropocène) n’est déclenchée que depuis quelques siècles, et elle appelle de notre part une réaction qui doit être efficace dès le prochain demi-siècle. C’est un paradoxe problématique que ce demi siècle, si bref à l’échelle de la Nature, soit un temps long pour les gouvernants d’aujourd’hui. Les horizons lointains de la politique ou de l’économie contemporaines sont en même temps des urgences pour la biosphère.

C’est une spécificité de l’homme que d’être capable d’anticiper l’avenir plus que d’autres espèces vivantes. Cette capacité a à la fois accru notre pouvoir d’agir et engendré les menaces environnementales qui émergent. Ce n’est pas en restant myopes, en refusant de voir loin que nous résoudrons cette question si complexe. Même si la mode écologique est vue par certains comme une opportunité profitable parmi d’autres, ce n’est pas en cherchant le profit que nous apprendrons à épargner notre environnement, et ce n’est pas avec de l’opportunisme que nous construirons une civilisation durable.




Antoine Li               http://www.think-thimble.fr
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