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Pragmatisme


Etymologiquement, le pragmatisme est une habileté dans l’action politique, et de manière plus générale, c’est une attitude qui oriente les choix en accordant la primauté aux faits par rapport aux idées.

John Dewey, un des théoriciens du pragmatisme, identifie trois façons de faire face à un problème (un problème étant un écart entre la situation du sujet et ses préférences): l'accommodement consiste à accepter passivement cet écart sans le réduire, à admettre son impuissance; l'adaptation consiste à agir sur la réalité pour l'aménager et réduire ainsi l'écart; l'ajustement consiste à réviser ses préférences pour rendre la solution plus accessible. L'accommodement est un fatalisme inactif, l'adaptation correspond assez bien au volontarisme occidental moderne, l'ajustement est une stratégie plus subtile qui doit son efficience à une alliance de lucidité et de souplesse dans les intentions.

Le pragmatisme est très valorisé aujourd’hui, notamment dans les débats politiques où l’idéalisme est plutôt mal jugé. Les leçons de l’histoire ne sont pourtant pas si tranchées : si effectivement dans bien des cas les avancées positives ont été dues au pragmatisme et à la politique des petits pas, dans d’autres circonstances (notamment des crises graves), l’apport décisif provient de ceux dont la vision à long terme était appuyée sur des valeurs universelles. On peut donc légitimement se demander pourquoi notre époque donne tant de valeur au pragmatisme.

Opposer idéalisme et pragmatisme, c’est classiquement mettre l’accent sur les différences de visions  philosophiques ou politiques dans la France idéaliste des Lumières ou de la Révolution, et dans l’Angleterre  pragmatique, terre d’empirisme et d’utilitarisme, initiatrice d’une expansion commerciale et coloniale qui a marqué le monde. Le triomphe actuel du capitalisme anglo-saxon et de la vision économiste est très probablement à l’origine de cet éloge permanent du pragmatisme qui prévaut aujourd’hui. 

Pour l’opinion commune, le pragmatisme, c’est « ce qui marche ». Le pragmatique rechigne à remettre en cause tous ces acquis du développement commercial et industriel au nom d’on ne sait quel idéal de justice ou de préservation de la Nature promu par des beaux esprits sans contact avec les réalités. Le pragmatique dénigre les écolos rêveurs ou trop sensibles, et donne le pas à la realpolitik sur le « droit-de-l’hommisme » donneur de leçons. Le pragmatique ne s’intéresse qu’à « ce qui marche ». Marcher certes, mais pour aller où ?

Le pragmatisme tel qu’on l’entend aujourd’hui s’oppose en effet à l’utopie et à l’idéalisme, ce qu’on peut comprendre lorsqu’on fait le bilan des catastrophes historiques entraînées par des transitions forcées vers des utopies de rêve, ou les mises en pratique de certitudes trop théoriques. Mais le discernement et la prudence ne doivent pas se réduire à la myopie. Car dans son mépris pour les idées, les théories ou les utopies, le pragmatisme encourage l’utilitarisme à court terme et l’action au jour le jour. Le pragmatisme affiché n’est souvent qu’une bonne excuse pour l’action à court terme, la navigation à vue, sans autre but réel que la perpétuation des logiques existantes et notamment cette compétition économique qui semble n'avoir d'autre but que de remplir des poches déjà bien pleines.

Pourtant aujourd’hui,
avec l’aboutissement de la mondialisation et la prise de conscience des limites planétaires, l’humanité est arrivée à un point ou elle a besoin de voir loin, de réfléchir à ses buts. Elle ne peut plus se contenter de cette logique du « business as usual » qui prévaut si souvent. N’est-il pas symptomatique que dans la politique autrefois nourrie d’idéaux et de vision historique, les critères économiques aient aujourd’hui pris le pas sur tous les autres ? En principe, la politique poursuit des buts élevés, qu’elle doit d’abord penser, avant de mettre à leur service l’action pragmatique. Si le pragmatisme a effectivement une face positive, celle de l’efficacité d’action, il ne peut pas constituer un but en soi.

Eriger le pragmatisme en valeur primordiale revient à renoncer de fait à toute valeur, à pratiquer une action « dans la pente des événements »
. Les erreurs imputables aux idéalismes et aux utopies ne disqualifient pas toute pensée à long terme. Si on reconnaît à l’homme cette singularité de pouvoir se projeter relativement loin dans l’avenir et d’agir volontairement sur le monde, on doit bien admettre que des buts bien pensés lui sont indispensables. Aujourd’hui, l’utopisme techniciste nous a conduit à une crise que le pragmatisme capitaliste (qui a été son allié et son soutien) veut nous empêcher d’anticiper. Agir face à cette crise suppose une mutation de civilisation à l’échelle de l’humanité, pour éviter de graves troubles dans quelques décennies et réorienter son développement. Nous sommes à une époque où, si on veut redonner une chance à l’humanité, il faut à nouveau regarder à l’échelle des problèmes qui se présentent : loin et grand.





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Antoine Li               http://www.think-thimble.fr
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