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BILLET


70. Covid19 et Flygskam (*)

fin mars 2020

Remarque liminaire : à la fin de ce billet, je mets aussi des liens vers quelques articles de presse qui m'on paru éclairer particulièrement bien la situation actuelle.

Je sais qu'il est malséant de vouloir donner des leçons, que pointer des catégories par un pluriel indistinct risque d'être injuste pour quelques uns, pris individuellement. Mais l'ampleur de la pandémie du Covid 19 et ce qu'elle entraîne sont quand même d'une dimension telle qu'il va falloir en tirer de vrais enseignements (même notre si libéral président s'est senti obligé de le dire) et qu'on réfléchisse sur certaines responsabilités.

Donc, je me lance

Le lundi 16 mars, au début du confinement dans notre pays, dans le grand amphithéâtre du Collège de France, le professeur Philippe Sansonetti, microbiologiste à l'Institut Pasteur donnait une conférence d'une grande clarté sur le Covid 19. Cette conférence est visible sur le site du Collège de France. En fin de conférence, la caméra montre la grande salle totalement vide.
De toutes ces explications, sur l'émergence du virus, sur sa contagiosité, sur les difficultés à soigner les cas graves, sur les nombreuses questions à résoudre et sur les défis à relever, j'aimerais ici retenir parmi d'autres l'idée suivante:

Ce fléau mondial est certes né d'improbables promiscuités animales et humaines sur un marché en Chine, et sa virulence en est une conséquence. Mais il est maintenant clair que l'ampleur qu'il a prise si rapidement a pour facteur principal la massification du voyage en avion.

Une des diapositives projetées dans la conférence met en regard deux cartes du monde, celle du développement de l'épidémie (au 14 mars 2020) et une carte des lignes aériennes. La correspondance saute aux yeux, et le professeur Sansonetti, bien qu'admettant que beaucoup de questions sur le développement de l'épidémie et ses variations sont aujourd'hui sans réponse, énonce qu'à l'évidence le voyage en avion est le principal facteur de l'expansion mondiale de la catastrophe sanitaire en cours.(**)

avion_covid19

Ainsi une des bonnes leçons qu'on peut tirer de tout cela concerne l'abus des voyages en avion:

Pour des raisons d'empreinte carbone (***), j'ai quant à moi décidé depuis plusieurs années de ne plus faire de grands voyages (****), mais j'ai du mal à l'expliquer autour de moi sans me voir reprocher à mots plus ou moins couverts d'être un rabat-joie moralisateur.

Aujourd'hui, le monde médical voit venir la submersion annoncée, il lance des appels angoissés pour la discipline collective et pour la mobilisation des moyens. Les petites mains de notre bien-être quotidien vivent dans la peur de la contagion ou dans celle à venir de l'effondrement économique. Tout cela en grande partie parce qu'une classe de moyennement privilégiés n'a pas trouvé mieux à faire de son aisance économique que de multiplier les voyages d'affaires et de se payer des séjours de rêve dans des pays lointains. Ces voyageurs si nombreux ont été sourds aux prêcheurs de l'empreinte carbone, et bien souvent ce sont ces mêmes classes aisées qui au nom de la raison économique ont poussé à mettre à la tête de la France ou de l'Europe des partisans du libre échange ou qui au nom des avantages comparatifs trouvent normal que la fabrication soit délocalisée en Chine (on voit ce que ça donne aujourd'hui avec le matériel médical) et que le système social public soit mis sous pression au nom de la compétitivité.

On appelle au secours pour sauver l'économie en danger (économie pourtant responsable de cette dérive civilisationnelle qui a déroulé le tapis rouge à l'épidémie), mais ce qui mérite compassion, ce ne sont pas ces premiers de cordée soudain obligés de télétravailler dans l'enfer de la promiscuité domestique, ce sont tous ces soignants qui n'attendent pas d'être payés pour risquer la contamination et être auprès des malades, ce sont ces gens qui ayant été atteints ont passé des jours d'angoisse, ont parfois perdu un proche, et tous ces gens dont la situation aura basculé avec le chaos économique et qui s'entendront dire que le système maintenant ruiné par la crise ne peut plus rien pour eux.

Aujourd'hui, on interdit à toute une population (riches et pauvres confondus dans l'union sacrée) de sortir de chez elle sans motif sérieux, qu'elle soit logée dans une aisance consolatrice ou dans une exiguïté pénible. On aurait dû déjà depuis longtemps (depuis qu'on connaît le risque de catastrophe climatique) interdire ou tout au moins restreindre fortement l'abus des grands voyages. On aurait dû dire "restez chez vous" à tous ces amateurs de selfies mondialisés, leur dire qu'ils répandaient une contagion culturelle déstabilisante pour le bonheur des peuples, qu'ils répandaient des flux d'argent générateurs d'injustices, et bien sûr qu'ils contribuaient plus que leur part au dérèglement de la planète.

J'ai dépassé l'âge tendre de Greta Thunberg depuis plus d'un demi siècle, et je n'ai pas à invoquer Asperger pour m'autoriser à manifester une indignation malséante, mais à tous ces privilégiés petits ou grands de la société de consommation, je veux dire ma colère pour leur surdité depuis des décennies face à ceux qu'ils ont désigné comme les Cassandres de l'écologie, ma colère pour leur exode vers les plages de Bretagne, pour leur individualisme qui confine à l'égoïsme, même habillé de petites indulgences caritatives, de bien-pensance politique et de "petits gestes pour la planète". 

Réfléchissons-y, cette catastrophe soudaine du Covid 19 procède de logiques très comparables à celles de la catastrophe lente mais bien plus ample de l'anthropocène: même complexité des causes et des effets, même risque d'évolution impossible à maîtriser, même dilution des responsabilités, même difficulté à sortir du déni, même nécessité d'engager toute la société.

Si comme on dit, "nous" sommes tous responsables, ceux qui refusent la modération, la sagesse et se trouvent des excuses pour continuer à profiter, ceux-là portent une responsabilité plus lourde et sont parmi "nous" les plus fautifs.

Et maintenant un choix de textes suscités dans les médias par le Covid19.
       Monologue du virus (texte sans nom d'auteur, sur le site lundi.matin)
       Opération Pangolin (nouvelle de Didier Daeninckx parue dans Libération)
       Bonjour "Beau gosse" (texte d'Ariane Ascaride entendu le 26 mars sur France Inter)
       Une courte réflexion d'Edgar Morin sur la transdisciplinarité (Libération)
       Une interview de  l'écologue de la santé Serge Morand (Libération)
       Un retour sur la grippe espagnole de 1918-1920 (Alternatives économiques)
       Le virus, bac blanc de la crise climatique (vidéo Arrêt sur Images)
       Une interview de l'économiste Thomas Porcher (Libération)
       Tirer vraiment les leçons... (tribune de Dominique Méda  dans Libération)
       Le confinement, un répit pour les animaux sauvages (Reporterre)
      

(*) Flygskam : en suédois, la honte du vol en avion (voir wikipédia)(retour)
(**) En 45 jours le Covid 19 a été quatre fois plus rapide pour passer au stade de la pandémie que la grippe asiatique de 1957-58 (souche H2N2 du virus de la grippe A) qui avait mis six mois. Cette pandémie beaucoup moins médiatisée a fait entre 1 et 4 millions de morts dont 116 000 aux Etats-Unis et peut-être 20 000 à 30 000 en France, à une époque où on venait de mettre au point un vaccin contre la grippe, mais malheureusement pas contre cette souche.(retour)
(***) voir par exemple cette page wikipédia sur l'impact du transport aérien.(retour)
(****) Personnellement, en plus de sept décennies de vie, en mettant de côté les vols effectués pendant mon service militaire dans l'aéronavale (vols non choisis, peut-être 35 000 km), j'ai dû parcourir en avion environ 115 000 km (111 338 km d'après un calculateur de distance). Ainsi entre 1974 et 2013, c'est-à-dire pendant 40 ans (54% de ma vie), j'ai parcouru en moyenne 2783 km par an. J'ai envoyé en moyenne chaque année dans l'atmosphère un peu moins d'une tonne de CO2 (930kg d'après le calcul). Pour atteindre l'objectif de l'accord de Paris, selon le rapport 2018 du GIEC ; chaque terrien doit émettre annuellement moins de 3 à 4 tonnes de CO2 d'ici 2030 et moins d'1 tonne en 2050. Or, par exemple un aller-retour Bruxelles-New York en avion correspond à 1,9 tonnes de CO2. (retour)

Antoine Li               http://www.think-thimble.fr
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billet n°70

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un premier article sur la modernité artistique

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une tentative pour estimer les probabilités de  contact avec des extraterrestres

une lecture marquante:
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dans les pages Philo:
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une petite note sur les fesses de l'Homme
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Histoire de la biosphère

Et si la Terre avait l'âge des pyramides d'Egypte?

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