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63. Remettre les pieds sur Terre

21 juillet 2019
Presque trois mois passés depuis mon dernier billet...

Cinquantenaire oblige, on reparle beaucoup d'homme sur la Lune(*), le plus souvent pour tenter de ranimer le vieux rêve. Très minoritaires sont les voix qui, un demi siècle après l'indéniable exploit de la NASA, prennent acte de l'essoufflement manifeste de la "conquête" spatiale. Mais à y bien regarder, cette "conquête" n'est en réalité qu'une exploration assez sporadique(**), les expéditions humaines sur la Lune ont été arrêtées, on n'envoie sur les autres corps célestes que des robots, et ce n'est que de façon incantatoire qu'on fait encore semblant de croire que ceux-ci prépareraient une colonisation de l'espace.

Un livre récent de Philippe Bihouix, joliment intitulé "Le bonheur était pour demain"(***) dénonce et démonte avec de solides arguments ce progressisme technicien dont on refuse de voir les limites. Un regard rétrospectif sur les utopies techniques des époques passées, un constat lucide sur l'épuisement des ressources et les dérèglements de la biosphère, seraient pourtant nécessaires pour travailler à construire un avenir viable au lieu de poursuivre machinalement la trajectoire irréfléchie qui expédie les civilisations humaines dans le mur. Dans le débat qui oppose ainsi les "cornucopiens" (les adorateurs de la corne d'abondance) aux déclinistes (Cassandre, prophètes de malheur, etc...), Philippe Bihouix montre que même s'ils n'ont généralement pas bonne presse, ce sont les seconds à qui la réalité donne de plus en plus raison.

La période actuelle illustre cette opposition: d'un côté on nous parle d'escalade internet, de voitures autonomes, d'aéroports et de centres commerciaux géants, mais par ailleurs, la prise de conscience écologique s'étend (****), l'agriculture bio et le végétarisme ont le vent en poupe, et le flygskam (la honte de l'avion) fait son apparition. Face à des incitations aussi contradictoires, comment choisir ? C'est encore une fois l'occasion de recommander la lecture du petit livre à mon sens très pertinent de Bruno Latour, "Où atterrir ?" aux éditions La Découverte.

Le rêve de l'homme sur la Lune, même 50 ans après les missions Apollo est (était ?) proprement un rêve d'enfant. Les quelques astronautes qui ont visité la Lune pendant cette courte période de trois ans (*****) n'étaient pas l'humanité, quel que soit le nombre de Terriens qui devant leur télévision se sont à l'époque plus ou moins identifiés à eux. Interrogés sur leurs souvenirs, ils nous racontent la vision d'un ciel immense constellé d'étoiles alors que dans nos pays "développés", on en est à répertorier les rares endroits où le ciel nocturne est assez pur pour mériter notre contemplation.

L'humanité aujourd'hui est pour moi mieux représentée par cette jeune fille sérieuse aux tresses blondes qui s'adresse aux dirigeants du monde pour les alerter sur la crise de la biosphère et exiger d'eux qu'ils s'en saisissent avec des mesures à la hauteur des enjeux. Elle leur explique qu'ils se comportent comme des enfants en voulant alimenter sans fin la machine à profits, et que continuer ainsi à produire et consommer c'est voler l'avenir des enfants d'aujourd'hui. Aujourd'hui, ce n'est plus à Neil Armstrong ou aux rares vétérans de la Lune encore en vie qu'il faut s'identifier, mais à Greta Thunberg, qui à seize ans préfère rester lucide et ne s'aveugle par de faux espoirs, qui tente de mobiliser sa génération pour secouer la conscience des responsables, et qui a compris que la mondialisation ne devrait pas être le voyage en avion pour tous, mais la convergence de tous les peuples contre le dérèglement planétaire.

Merci à Luc Le Vaillant de m'avoir suggéré, dans sa chronique de Libération du 19 juillet dernier, ce rapprochement très porteur de sens.


(*) Ce 21 juillet 1969, je fêtais mes 23 ans et j'aurais été bien incapable d'imaginer l'avenir que j'ai eu. (retour)
(**) Ce qui n'empêche pas les authentiques exploits, l'un des plus récents étant celui de la sonde Rosetta et de l'atterrisseur Philae vers la comète "Tchouri". (retour)
(***) "Le bonheur était pour demain, les rêveries d'un ingénieur solitaire", dans la collection Anthropocène au Seuil. Philippe Bihouix a aussi publié dans la même collection "L'âge des low tech". (retour)
(****) Depuis la démission de Hulot, on a quand même l'impression qu'il y a quelque chose de ce côté: succès des manifs pour le climat, relatif succès des écologistes aux élections européennes, reprise (sincère ou calculée ?) du thème dans les discours officiels. (retour)
(*****) Apollo 17 a été en 1972 la dernière mission à envoyer des astronautes sur la Lune. Les occupants des stations orbitales leur ont succédé en plus grand nombre et sur des durées certes plus longues, mais à une distance nettement moindre de la Terre. (retour)

Antoine Li               http://www.think-thimble.fr
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billet n°63


pages Sciences
une tentative pour estimer les probabilités de  contact avec des extraterrestres

une lecture marquante:
Éthique de la Terre (John Baird Callicott)

dans les pages Philo:
Rêve
une petite note sur les fesses de l'Homme
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dans les pages Sciences:
Mieux comprendre l'économie

Histoire de la biosphère

Et si la Terre avait l'âge des pyramides d'Egypte?

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