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 62. L'écologie, une boussole pour l'Europe.

début mai 2019
A l'approche des élections européennes, on entend beaucoup de commentaires sur la division  persistante de la gauche française et sur l'indécision de nombreux électeurs.
Je consacre ce billet à quelques arguments concernant mon choix, et notamment sur la façon dont j'ai personnellement tranché en faveur de la liste EELV le débat intérieur qui m'a un temps fait hésiter entre différentes listes se revendiquant de l'écologie sociale.

On peut comprendre la déploration générale au sujet de la division politique des socio-écologistes, mais il faut aussi revenir sur son histoire et sa genèse. Longtemps représentée principalement et presque uniquement par les Verts (actuellement EELV), l'écologie sociale a été traitée par le P.S. en petit vassal de circonstance pour lui apporter un appoint de suffrages. Dans des municipalités ou dans des conseils régionaux, cela a parfois donné des alliances relativement honnêtes et productives, mais au niveau national, la partie était trop inégale entre les idées social-démocrates bien installées et l'écologie encore perçue comme émergente. Les arrière-pensées politiciennes étaient par ailleurs trop tordues pour ne pas aboutir au divorce. Offrir quelques ministères aux Verts, mais mener une politique reniant les engagements favorables à l'écologie, était de la part des socialistes un bien mauvais calcul.

Lors de la présidentielle 2017, tandis que Hollande, au bilan écologique plus que décevant, se faisait doubler sur son aile libérale par l'ambitieux Macron, la primaire organisée par le P.S. faisait émerger à la surprise générale le seul candidat sincère au regard du discours écologiste. On aurait pu alors espérer son succès, notamment après le retrait en sa faveur de la candidature Jadot(*), mais le ralliement massif et public des ténors sociaux-démocrates à Macron a enrayé la dynamique. Favorisés dans ce type de scrutin par la forte personnalité de Mélenchon, les Insoumis ont emporté la course aux intentions de vote et Hamon est devenu le porteur de l'échec officiel du P.S. à la présidentielle.

Du côté des écologistes, malgré le consensus de fond sur les objectifs à poursuivre, la division quant à la stratégie pour avancer dans les vents contraires de la politique s'en est trouvée exacerbée. Après cette présidentielle calamiteuse, certains sont allés courir les postes proches du pouvoir, avec des retournements de veste frisant parfois la compromission, d'autres ont abandonné la politique pour agir autrement, et d'autres se sont attelés à perpétuer la structure politique. Certains aussi ont migré vers des partis voisins qui affichaient une sensibilité écologique nouvelle. A ce propos, si on peut voir dans cette conversion en désordre un rejet du tournant libéral du P.S. ou des manoeuvres politiciennes, il faut aussi souligner l'important travail des scientifiques et des ONG pour alerter sur l'urgence et la centralité des enjeux environnementaux.

Ainsi aujourd'hui, à part peut-être un noyau de droite conservatrice et affairiste, tout le monde se dit écologiste: le parti présidentiel, l'extrême droite nationaliste, ce qui reste du socialisme modéré ou même des communistes, et même certaines boutiques de la gauche radicale. Mais la social-écologie reste divisée, notamment depuis les législatives de juin 2017 où la France Insoumise en refusant les alliances a voulu s'imposer après la présidentielle comme la seule force qui compte dans ce secteur de l'opinion(**). Pourtant, la vision planifiée du virage écologique qu'elle propose et le souverainisme qu'elle veut opposer aux méfaits sociaux et environnementaux du libéralisme marchand sont peu rassembleurs, sans même évoquer les questions de personnes. Au delà, les défenseurs d'une écologie réformatrice de l'Europe se retrouvent divisés et en concurrence: Jadot et EELV, Hamon et Génération.s, Glucksmann et Place publique.

Face à cette difficulté de choix(***), il me paraît plus que jamais nécessaire de soutenir ceux qui ont porté la parole écologiste depuis longtemps, ceux qui ont eu raison avant les autres (et ont par là même eu tant de difficulté à trouver leur chemin dans le maquis politicien lorsque leur conviction était minoritaire). Il est temps de montrer par le vote que c'est l'écologie qui doit être désormais l'axe structurant de la réflexion politique.

La liste EELV est la seule dont les élus iront à coup sûr grossir les rangs du groupe vert au parlement européen(****). Les personnes qui seront élues sont à mes yeux de bons porte parole de l'écologie(*****), même s'ils ne sont pas les seuls, puisque sur d'autres listes, il y a aussi maintenant des écologistes convaincus. Mais ceux là seront intégrés dans d'autres groupes politiques et on sait moins quelle sera l'orientation de leur action au moment des arbitrages de priorités politiques.

Les procès en droitisation de l'écologie qu'on fait à Jadot ne tiennent pas en regard des orientations que lui et EELV ont toujours soutenues, l'idée de Génération.s de susciter un nouveau groupe parlementaire avec Varoufakis me paraît confuse, et la liberté donnée aux élus de Place publique de rejoindre le groupe de leur choix est pour moi incohérente.

Les Insoumis disent vouloir forcer l'Europe à changer par une confrontation politique proche du chantage. Je crois pourtant qu'il y a une marge notable pour la faire bouger si l'écologie parvient à devenir enfin centrale dans les institutions existantes. Même si je trouve Benoît Hamon cohérent et convaincant, je constate qu'il est plombé pour avoir trop longtemps et sans succès cherché à changer de l'intérieur un P.S. hypocrite sur la question écologique.
 
Quand au mouvement Place Publique, je suis conduit par les faits à le voir surtout comme une manoeuvre assez pitoyable pour sauver le P.S. d'une ruine inéluctable. On devrait considérer comme alarmant que les sondages donnent cette liste néo social-démocrate si bas, comparée à d'autre pays, et surtout à la place hégémonique qu'elle occupait il y a quelques années. A mes yeux, la social-démocratie, trop fascinée par le rapprochement avec la pensée économique dominante, n'a pas réellement voulu comprendre l'enjeu écologique et son importance.

Personnellement, je voterai donc Jadot et EELV, en souhaitant qu'il y ait parmi les parlementaires européens le maximum d'écologistes, dans le groupe vert tout d'abord, mais aussi dans d'autres groupes. Il semble que dans d'autres pays, une partie notable de l'opinion se manifeste dans ce sens, et je souhaite que cela apparaisse clairement au lendemain du scrutin.

Il est important de faire progresser encore plus la prise de conscience écologique et la nécessité d'entrer dans la grande transition.

(*) Cette péripétie devrait à elle seule désamorcer les procès en excès d'égo qu'on fait maintenant à la tête de liste EELV. Les militants du parti avaient été consultés, et par la suite ils ont assez fidèlement fait la campagne de Hamon.(retour)
(**) Il faut se rappeler que les Insoumis, espérant prolonger la dynamique du succès (assez relatif) de Mélenchon au premier tour de la, présidentielle ont présenté des candidats dans toutes les circonscriptions, quitte à concurrencer des partis voisins (communistes, écologistes notamment). Cette tactique a permis l'élimination de nombreux communistes et écologistes, mais le nombre d'Insoumis élus a été loin de compenser cette régression. J'avais analysé cela dans mon billet n°44 de juillet 2017.(retour)
(***) Il ne faut pas oublier que le scrutin est proportionnel, et donc que la question "du vote utile" ne se pose pas, sauf peut-être pour éviter de descendre au dessous des 5% minimum pour obtenir des sièges.(retour)
(****) C'est du reste à cause de cet impératif que diverses personnalités hors EELV n'ont pas voulu figurer sur cette liste, même lorsqu'on leur proposait une bonne place.(retour)
(*****) En bonne place sur cette liste, on trouve notamment Damien Carême, maire écolo de la Grande Synthe, une banlieue ouvrière de Dunkerque où il mène une action exemplaire et Marie Toussaint, à l'origine de la pétition "L'affaire du siècle" qui a recueilli plus de deux millions de signatures en un temps record.(retour)
Antoine Li               http://www.think-thimble.fr
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